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Le Havre de Graffs

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- Interview de John Robinson, photographeur.


I
nterview du "photographeur" Havrais John Robinson que l'on peut découvrir souvent en ce moment dans les différentes manifestations artistique de notre région.


John Robinson bonjour,
Vous êtes né à Sainte-Adresse en 67 et vous habitez au Havre, vous êtes un artiste multiple puisque reconnu principalement en ce moment pour vos photomontages, mais vous êtes aussi sculpteur, (que vous appelez assemblages), vous exercez aussi un métier rare, celui de créateur de fèves et vous m’avez glissé en aparté que vous aimeriez avoir du temps pour écrire des scénaris ou des textes de BD.

John Robinson c’est un pseudo d’artiste ?
C’est une partie de mon nom, ayant un nom à rallonge, je l’ai raccourci pour mon travail artistique (cela prend moins de temps pour signer). Ma mère est Britannique.

Vos photomontages, principalement ceux sur l’architecture Perret ont une dimension Fantastique, vous jouez avec les bâtiments, les lieux, êtes vous un « restructureur » ou un « détourneur » d’architecture ?
Je suis plutôt « détourneur » d’architecture, « restructureur » voudrait sous entendre que je critique ce qui est déjà fait alors que « détourneur » ne nie pas le travail accompli mais je le vois autrement alors je le détourne et en donne d’autres interprétations, d’autres visions plus fantaisistes.


En fin de compte comment vous définissez vous ?
Je me suis donné le titre de « photographeur », car mon travail n’est pas du graphisme à l’état pur puisque je travaille à partir d’une photo et ce n’est pas non plus de la photographie par le fait que je la trafique. Donc photographeur me semblait judicieux.

Vous retravaillez principalement le Havre et la Normandie, c’est un choix ?
Il y a plusieurs raisons, principalement il y a le côté pratique, je travaille sur mes propres photos et il m’est plus aisé de ne pas aller chercher trop loin mes sujets, mais j’ai aussi besoin de grands espaces, de recul pour mes prises de vues, ce qu’offrent la région et l’architecture Perret.
Le fait d’habiter au Havre est un hasard et le hasard fait que le Havre et son architecture s'y prêtent bien. Si j’avais habité à Rouen par exemple les choses auraient sans doute étés différentes, c’est une ville tassée sur elle-même, il n’y a pas de recul. Dans ce genre d’agglomération l’idée de ce type de travail ne me serait peut être pas venue, j’aurais sans doute fait autre chose.


Vous considérer vous comme un photographe ?
Non absolument pas, je n’ai aucun talent de photographe, j’ai un appareil automatique. Je fais de mon mieux pour prendre mes photos dans les meilleures conditions, je choisis mes horaires pour avoir le meilleur ensoleillement pour les prises de vues mais je n’ai pas le talent d’un photographe qui vas composer avec la luminosité, le temps de pose etc.. moi je prends tout en automatique et ensuite je règle avec l’ordinateur.
Je travaille donc sur mes propres clichés mais des ajouts sont faits parfois à partir de morceaux d’images libres de droits, bien sur, trouvés sur internet.

Justement sous quelle plate forme et quel logiciel travaillez-vous ? Avez-vous eu une formation particulière ?
On va commencer par formation, j’ai commencé dans les années 80 sur un ZX 81 ou les pixels étaient d’un demi centimètre carré, vous imaginez ! Les images étaient donc lamentables, puis j’ai suivi l’évolution, d’ordinateurs en ordinateurs, de logiciels en logiciels pour enfin découvrir Paint-shop pro (à l’époque Paint-shop tout court) ce qui m’a ouvert d’autres horizons.
Je suis sous Windows, ce logiciel ne tournant pas sur Mac (snif).
A partir de Paint-shop j’ai pu commencer à créer des images comme j’en avais envie, au début c’étaient habituellement des montages… on va dire familiaux, enfin ce n’est pas le bon mot, disons basiques, avec des chats, des animaux de la maison accompagnés au dessus de petites bulles contenant du texte.
Avec l’expérience j’ai pu évoluer, dévier sur ce que j’aimais et travailler sur l’architecture, c’était ce que j’avais toujours eu envie de faire.
En conclusion je me suis formé « sur le tas », je suis donc autodidacte.

Parmi tout votre travail quelle est la série que marche le mieux ?
Les sculptures, la série qui inclus les sculptures antiques dans le paysage Perret. Toutes ces sculptures ont étés retrouvées dans les décombres pendant le déblaiement après les bombardements, et j’ai imaginé que l’on garde ces vestiges antiques et que l’on les inclut dans l’architecture plutôt des les envoyer dans les différents musées du monde.
Bien sur il ne faut pas croire cela, c’est pure fantaisie, les anciens n’ont pas bâtis de temples romains sur un marécage.

Quels est l’opinion des Havrais devant votre vision de la ville ?
Pour les premières expositions, j’avais l’inquiétude que les Havrais le reçoivent très mal, en disant : « l’architecture Perret on n’y touche pas », de plus j’avais pensé que mon travail intéresserait plutôt les ados de la culture numérique, ceux qui connaissent l’idée du délire de la transformation. Et en fin de compte, il s’avère que se sont les enfants qui aiment beaucoup mon travail tout comme énormément de personnes plus âgées qui trouvent ça original, marrant et cela a été une grande et bonne surprise.
Une grande part des gens qui apprécient mes tableaux sont des gens qui habitent au Havre, qui ont vu un nouveau Havre se reconstruire après les bombardements et mes transformations ne les choquent pas mais les amusent.
Les avis négatifs viennent souvent d’une mauvaise interprétation du tableau. Pour la petite anecdote, j’ai même entendu des personnes qui râlaient sur le prix que ces reconstructions allaient encore couter à la ville.


Les étrangers qui passent chez nous ne voient pas le côté clin d’œil de votre travail comment perçoivent ils votre vision ?
Mitigé, certains trouvent ça amusant, les Japonais ne sont pas choqués mais regrettent que ce ne soit pas la réalité, d’autres touristes à Yport par exemple sont revenus après m’avoir acheté une carte postale en râlant parce qu’ils n’avaient pas vu sur place ce que j’avais représenté.

Et à Etretat les gens ne vont pas imaginer qu’il y a une cathédrale dans l’aiguille quand même ?
Mais il ne faut pas oublier qu’elle est creuse depuis Maurice Leblanc, et que certaines personnes l’appellent l’aiguille creuse sans avoir jamais lu un livre de Lupin.
Les enfants sont capables de demander si c’est vrai, il y a eu quelques fois à l’office de tourismes des personnes qui demandaient ou cela se trouvait, ce qui me surprend car quand on a devant les yeux, exposés côte à côte sur un présentoir six ou sept photos du même sujet toutes très différentes, il est évident qu’il n’y en a pas une de vraie là dedans.
Je n’ai jamais eu de mauvais impacts, personnes ne me critique en disant qu’il ne faut pas transformer ce site unique, le dénaturer.
En fin de compte il n’y a pas de demi-mesure, les gens aiment du premier coup ou ils ne s’y intéressent pas, il n’y a vraiment que très très rarement des mauvais avis.
Beaucoup de personnes trouvent mes images amusantes, ce qui n’était pas mon but mais cela ne me dérange absolument pas.


On aperçoit souvent une cabine téléphonique rouge et une mouette sur vos compositions ?
La cabine téléphonique, c’est un petit clin d’œil, une petite signature qui colle bien avec ma « Britannitude », c’était plutôt une bonne idée puisque maintenant c’est devenu presque un jeu et les gens la recherchent dans mes nouveaux tableaux.
A partir du moment où un tableau a été vendu, par honnêteté, je m’interdis d’y changer quoi que ce soit par la suite, c’est pourquoi dans mes tous premiers la cabine qui n’était pas encore ma marque de fabrique n’apparaît pas et je ne la rajouterai pas.
La mouette est sur pratiquement tous mes montages car nous sommes en bord de mer, c’est pour ajouter une petit peu de vie, il n’y a jamais de personnages sur mes compositions, j’efface tous les humains et tous les véhicules, j’aime les villes vides, les villes désertées.
A Paris je remplacerais sans doute les mouettes par des pigeons.

Vous ne travaillez pas que sur les immeubles Perret ou les falaises ?
Non, j’essaye à chaque manifestation de faire une série qui s’accorde avec le thème de cette dernière.
Pour la Saint Yves par exemple j’ai présenté en plus, des images d’illustration « celtisantes » sans montages locaux, sans la Normandie ou un immeuble particulier et pour une exposition à la plage j’ai choisi de préparer et présenter des tableaux de la villa maritime.
J’ai aussi crée des séries d’illustration que j’ai appelé les « Spyrals » qui sont des œuvres de déformation et de torsion des photos qui après un gros travail sur les ombres et le relief débouchent après une vingtaines d’heures sur des compositions abstraites. Je ne les ai pas encore présentées, j’hésite car on m’attend sur Perret, on m’attend sur des déformations, sur quelque chose que l’on connaît, d’un autre côté je ne veux pas être catalogué et être enfermé dans un seul registre.

Quel est votre artiste préféré ?
Mon artiste préféré est sans conteste, Vervisch, il peint beaucoup Rouen et le Havre, son travail est phénoménal.
Bien que n’employant pas la même technique, nous sommes sur le même monde, nous voyons les choses souvent de la même manière sauf que lui avec son talent, il peut peindre sous tous les angles qu’il veut, prendre de la hauteur alors que je ne le peux pas.
Moi je suis obligé de prendre le monde réel et de le trafiquer alors que lui fait le monde.
Il m’est déjà arrivé de parler d’un projet de tableau avec J.P Hamon et dans les 2 minutes suivantes ce dernier me montrait un tableau que le maître, sur une idée très similaire, avait déjà réalisé.
Tant et si bien que je me prive de ses expositions pour ne pas être influencé. (C’est curieux de ne pas vouloir admirer le travail de son artiste préféré, mais j’essaie de rester « vierge » d’influences extérieures). Tout comme je ne mets pas de pingouins sur mes montages sur la banquise afin ne pas lui être assimilé.
Quand je vois un de ses tableaux, j’ai toujours une sorte de jalousie positive, une motivation pour travailler plus et plus encore. Même si souvent il y a au fond de moi un côté négatif qui me dit « à quoi bon, je n’aurai jamais le niveau » je m’efforce à progresser, si je n’essaie pas je ne pourrais jamais gravir les échelons.
J’ai d’ailleurs en montage un tableau clin d’œil qui est dédié à Vervisch et à un autre grand, Authouart.


Combien de temps passez-vous sur une composition ?
Les toutes premières photos m’ont pris deux heures, deux heures et demie à faire et cela me paraissait correct, et pour les toutes dernières, très travaillées, j’ai passé vingt cinq heures dessus.
Ce qui est très énervant car je pensais qu’avec le temps j’irais plus vite dans mon travail mais plus j’ai d’expérience plus je suis exigeant, je soigne les petits détails pour que ce soit de plus en plus net, de plus en plus propre, de plus en plus réaliste et cela me prend donc de plus en plus de temps.

Qu’écoutez-vous en musique ?
Au début pendant la composition d’un tableau j’écoute plutôt de la musique calme, du classique avec un faible pour le requiem de Mozart ou du Pink-Floyd par exemple, puis au fur et à mesure que le travail évolue quand l’image est en place et qu’il n’y a plus que la finition et du détail je passe à des musiques plus vivantes, Sex- Pistols, Exploited, ou Bowie en passant par du HardCore, Métal.
En fait pour mes créations, par moment il faut réfléchir et à d’autres utiliser la technique, la musique change suivant la phase de mon travail. Parfois même j’en viens simplement à couper toute musique quand cela devient trop complexe et que j’ai besoin de toute mon attention.


Votre travail rejoint l’art du collage et on n’est pas loin du détournement, que pensez-vous de l’art urbain ?
Je suis très partagé, je ne parle pas du taggeur mais j’admire souvent le talent du graffeur bien que je n’aime pas toujours l’endroit choisi. Mais je ne le comprends pas, faire une belle création, bien soignée, tout en sachant qu’elle est destinée à être détruite, recouverte par un ravalement ou par le travail d’un autre graffeur est pour moi dommage, je ne saisis pas qu’ils acceptent que leur art soit éphémère.
Et j’ai un lien avec le collage, j’ai commencé pour m’amuser par faire des flyers pour les fêtes étudiantes avant de travailler dans une imprimerie ou là j’ai été inspiré par une personne dont c’était le métier de faire du collage. A l’époque on ne travaillait pas à l’ordinateur mais au cutteur et aux ciseaux avec des machines pour redimensionner, je ne compte plus le nombre de montages que j’ai fabriqué avec de la colle et des découpages.
Et c’est là la base de mon travail actuel, mais l’ordinateur me permet de changer les tailles, de changer l’angle, de mettre des ombres. De faire du collage amélioré.

Quels sont vos projets ?
J’ai des idées sur plusieurs séries d’images mais pas assez claires pour les attaquer, j’aimerais travailler des vues de plus loin, d’inclure plusieurs immeubles en même temps, tout ça est en gestation.
Et j’ai ma nouvelle série « les jardins suspendus » que j’ai présenté à l’exposition du 13 et 14 juin à « Peintres et Artisans sous les Arcades » dans le cadre de sa manifestation annuelle.
C’est là que j’ai commencé en proposant mes premiers travaux, les maisons miniatures, et c’est là que je continue avec des images 15 ans après. Pour moi c’est l’exposition qui fait le tournant, c’est toujours là que je présente mes nouvelles séries. Et cette année les prix à gagner au concours de la manifestation était un de mes grands tableaux, un autre de format plus réduit, un plus petit encore et une série de cartes postales.

Propos recueillis par Mr Yak.
Le havre le 3 juin 2009.


A voir : la mini galerie de John Robinson ou le site officiel : http://www.jrobinson.fr/

Retrouvez sous forme de cartes postales les tableaux de J.Robinson à :
l’office de tourisme du Havre :
galerie Hamon :
Photo Tréhet, 65 rue de Paris, 76 le Havre.
Et tous les derniers dimanches du mois exposés place St Vincent.


















































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Commentaires  

 
0 #1 sophie 11-07-2009 00:12
Cette pièce est magnifique! les couleurs le graphisme wowowow!
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0 #2 Sophie 15-07-2009 15:06
Ah! carambolage superbe trouvaille je n'y avais pas pensé merci
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0 #3 Benjamin 15-07-2009 17:09
Très bon petit reportage sur le talentueux John Robinson sur son site: www.jrobinson.fr/.
Par contre, impossible de le retrouver pour le mettre sur le site... ni sur France3 ni sur Youtube/Daylimotion... Avis à une âme passante...
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